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« Le tournant de ma trentaine »

Par François Hamel
26 juin 1999
Source : 7 jours, vol. 10 no 34
Photos : Marco Weber

Marina
Marina et Stéphane Demers
Marina et Stéphane Demers
Marina et une partie de l'équipe des « Muses orphelines »
Silence... on tourne!
Marina
Marina

Visiblement, Marina Orsini est une fille heureuse.  L'adjectif peut sembler un peu cliché, sauf quand on vient de passer une journée à ses côtés.  Lorsqu'elle décrit la campagne, on a l'impression de respirer le parfum des fleurs.  Lorsqu'elle parle de la ville, on voudrait y rester.  Lorsqu'elle parle de vieillir, on voudrait mourir un peu.  En sa compagnie, on voudrait que le temps s'arrête...

Le 11 juin dernier, le bureau de la production du film Les Muses orphelines nous a conviés à un rendez-vous sur le plateau de tournage.  Ce jour-là, l'équipe travaillait dans un rang de campagne menant au petit village de Saint-Ludger-de-Milot, situé à une trentaine de kilomètres d'Alma au Lac Saint-Jean.  Il s'agissait de la 33e journée de tournage, la dernière pour Marina.  L'ambiance était on ne peut plus amicale et détendue, mais tous avaient véritablement un pincement au coeur à l'idée de la voir partir.  7 jours l'a retenue pour vous, le temps d'un entretien.

Marina, parlez-nous de Catherine, le personnage que vous campez dans Les Muses orphelines.
Elle est l'aînée de la famille Tanguay, qui compte quatre enfants.  Alors que ceux-ci étaient très jeunes, ils ont été abandonnés à leur sort par leur mère.  Catherine est par la suite devenue chef de famille et a toujours eu de l'emprise sur ses soeurs et son frère.  Mais quand nous les retrouvons 20 ans plus tard, son autorité a bien pâli.  Elle s'efforce constamment, aussi bien devant sa famille que devant les habitants du village où elle est professeure, de sauver les apparences.

Tiens donc, vous êtes une fois de plus professeure!
Oui.  (rires) Au village, Catherine a un certain statut social.  Mais alors qu'elle prépare une grande fête survient un énorme problème.

N'a-t-elle pas aussi un petit côté olé olé?
Oui.  C'est avant tout une femme, mais tout chez elle est refoulé.  Au cours de sa vie, une grande partie de ses désirs sont restés inassouvis.

D'ordinaire, ce qui est refoulé rejaillit tôt ou tard.
Oui.  D'autant plus que les enfants Tanguay sont assez spéciaux...  Ils ont chacun leurs moments de débordement.  Mais ces personnages demeurent très attachants.

Michel Marc Bouchard,l'auteur des Muses orphelines, décrivait votre personnage en ces termes : « une vieille fille pulpeuse ».
(Sourire.  Puis d'une voix rieuse :) Tout à fait.  Elle possède un côté très charnel, que nous découvrirons d'ailleurs un peu.  Catherine a les mêmes besoins que tout le monde : elle a envie d'être amoureuse, sauf que cela se manifeste souvent par des appels à l'aide du genre : « Sauve-moi! »  Parfois, ses pulsions prennent le dessus.  Même si la toile de fond des Muses orphelines est très dramatique, et pathétique par moments, je crois que les gens vont rire, parce que les personnages sont loufoques à l'occasion.  Les spectateurs vont se reconnaître ou reconnaître certains de leurs proches.  Une autre chose extraordinaire, c'est que dans les décors, dans les costumes, en fait dans tous les choix de Robert (Favreau, le réalisateur), il n'y a pas de dentelle, pas de superflu.  Tout est terre-à-terre, vrai, cru.

Ça vous ressemble un peu, Marina.  Vos besoins semblent modestes.  Vous n'avez jamais rêvé de grand luxe et n'avez jamais demandé la lune ou le ciel.
Je considère que le ciel, je l'ai déjà.

Votre père a grandi dans la campagne italienne.  Il y a vécu humblement en élevant des chèvres.  À ce sujet, vous avez déjà dit que « c'était ça, le paradis ».  Vous le pensez toujours?
Oui.  Pour moi, la belle vie est faite de choses simples.  Elle est simplement extraordinaire ou extraordinairement simple.

Votre déménagement à la campagne, il y a environ un an, s'inscrit-il dans cette démarche?
En fait, la campagne ne m'a jamais quittée.  Comme vous venez de le dire, mon père est né au coeur des montagnes de l'Italie.  Il est toujours demeuré un « gars de campagne ».  L'amour des animaux et de la nature est l'une des choses les plus extraordinaires qu'il m'ait léguées.  La tranquillité que l'environnement me procure m'est très précieuse.  Cela dit, j'aime aussi la ville, et j'ai besoin d'elle.  Mais j'ai également besoin de me retrouver avec mes chiens, entourée d'oiseaux.

Avez-vous l'impression d'admirer la nature avec les yeux de votre père?
Tout à fait, et je pense que plus le temps passe, plus cette impression s'intensifie.  Plus je vieillis, plus mon père me manque et plus je voudrais partager ce que je vis avec lui.  Lorsque nous sommes enfants, nos parents nous paraissent éternels.  Aujourd'hui, j'ai 32 ans et je crois encore ma mère éternelle.  La réalité est autre mais, une chose est certaine, plus nous avançons en âge, plus nous comprenons l'importance du rôle que nos parents jouent dans nos vies.

Vous affirmez vivre avant tout le moment présent; pourtant vous croyez au destin.  Expliquez-nous.
Nous sommes toujours là où nous devrions être, que ce soit un bon ou un mauvais passage de notre vie.  Ça, j'y crois profondément.  Cela dit, je pense que nous avons une grande influence sur notre destin.  Que nous connaissions le succès ou qu'une tuile nous tombe sur la tête, nous y sommes pour quelque chose.

Vous avez perdu nombre d'illusions au cours de la vingtaine.  La trentaine vous en a-t-elle fait perdre davantage?
C'est vrai que, parce que je suis de nature idéaliste, sensible et émotive, j'ai perdu plusieurs de mes illusions.  De prime abord, j'aime tout le monde, je vois du bon dans chacun.  Mais en vieillisant, je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas que du bon chez l'humain.  Voilà le désillusionnement que j'ai vécu au cours de la vingtaine.  Mais si je suis tombée du haut de ma tour, j'y remonte aujourd'hui.  Entre-temps, je me suis construit une carapace, j'ai appris à me protéger et à détecter les bonnes comme les mauvaises choses.  Si c'est ça vieillir, alors c'est extraordinaire.  Certains de nos sens se développent.  Le tournant de la trentaine a été pour moi très positif, et il continue de l'être.

Qu'est-ce qui a été positif?
Une force, une grandeur est née en moi.  J'ai acquis une sorte de paix intérieure que j'ai toujours recherchée.  Évidemment, elle n'est pas là tous les jours, mais elle m'habite la plupart du temps.

Pourtant, vous semblez avoir toujours été équilibrée, solide et pleine de joie de vivre.
Mon côté idéaliste fait que j'ai tendance à dramatiser.  Avec les années, j'apprends à respirer un peu plus par le nez, à être plus patiente.  C'est vrai que mon existence a de solides fondations.  J'ai toujours été aimée et bien encadrée.  Mes parents m'ont transmis certaines valeurs et, en vieillissant, j'y ai greffé les miennes.  Sur le plan professionnel, dès l'âge de 15 ans, alors que je faisais mes débuts comme mannequin, j'ai rencontré mon agente, qui est devenue très importante dans ma vie.

Elle est en quelque sorte votre deuxième mère.
Ginette est ma soeur, ma mère, ma complice, mon agente.  Et nous pouvons nous parler dans le blanc des yeux lorsqu'il est question d'affaires.

Justement, votre sens des affaires vous a-t-il été également transmis par vos parents?
Oui.  Ils ont toujours eu des commerces.  J'ai littéralement grandi entourée du public et j'ai un petit côté « femme d'affaires ».  Par exemple, je coproduis actuellement des livres-cassettes pour enfants.

Comme vous avez grandi dans le milieu des affaires, on a également dû vous apprendre à mentir et à jouer pour vendre.
Je ne suis pas une très grande menteuse mais, oui, j'ai appris à gérer certaines situations.  Mentir?  Jouer?  C'est une façon de voir les choses.  Mais j'ai toujours été incapable de rouler les gens.  L'intégrité est pour moi primordiale.  L'honnêteté également, pourvu qu'elle ne blesse pas.  (silence) Je disais tout à l'heure que j'apprends à être plus patiente, à laisser couleur l'eau.

Parlez-nous de votre implication auprès de l'organisme Tel-Jeunes?
Je veux aider et donner de l'espoir.  Ce côté-là m'habitera toujours.  Pour être heureuse dans la vie, je dois exploiter plusieurs facettes.  Le travail seul ne parviendrait pas à me combler.  J'ai besoin d'une vie familiale, d'une vie de couple, mais trop de l'une ou de l'autre ne me satisferait pas non plus.  Je veux avant tout continuer à bâtir mon bonheur ici.  Évidemment, je ne dirais pas non, par exemple, à un projet intéressant à l'étranger.  Mais je serais incapable de tout quitter et d'aller faire carrière ailleurs.  Chez nous, c'est ici.

Qu'est-ce qui vous rend heureuse ici?
Le fait de me retrouver chez moi, à la campagne, et de planter mes fleurs.  D'être avec mon chum et mes chiens.  De nous préparer de petits soupers.  L'été, nous aimons bien cuisiner sur le gril, en prenant une bonne bière.  Faire des feux de foyer, inviter la famille et les amis, les retrouver entre les tournages, voyager aussi...  Ces petits plaisirs sont pour moi les grands bonheurs de la vie.

En terminant, quelle est la vérité au sujet des problèmes de santé qu'aurait éprouvés Serge Postigo au cours de la dernière semaine?
Serge a eu des maux de dos, mais c'est terminé.  Un journal en a fait tout un plat; l'information a été largement exagérée.  L'article a créé plein d'inquiétudes dans la tête des gens alors que la réalité est loin d'être aussi dramatique.  C'est passé, c'est fini.

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