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Les
cheveux courts et les valeurs à la bonne place, Marina Orsini
a entamé la trentaine, bien résolue à mener
sa vie comme elle l'entend. Son plus récent défi :
incarner à l'écran le docteur Lucille Teasdale.
Fin d'après-midi dans un restaurant d'Outremont. Marina Orsini
se confond en excuses devant un serveur un peu médusé.
On pourrait croire qu'elle vient de briser son vase de cristal préféré.
Mais non, il ne s'agissait... que d'un malheureux verre d'eau!
Que
voulez-vous, Marina Orsini est aussi « fine », aussi
gentille et aussi attentive aux autres que la rumeur le clame, conforme
à l'image publique qu'elle projette. Sans pour autant être
éternellement souriante. Car, malgré l'énergie
lumineuse que la jeune femme répand autour d'elle, elle a
aussi ses coups de cafard et ses coups de gueule.
«
Avec elle, c'est toujours le pied sur le gaz! » s'exclame
Robert Favreau, le réalisateur du film Les muses orphelines,
qui sort d'ici peu. « À la seconde où elle pénètre
dans une pièce, elle prend la réalité à
bras-le-corps. Lorsque je lui ai demandé de passer des auditions
pour jouer le rôle de Catherine, elle avait déjà
en tête, en arrivant, deux ou trois façons d'aborder
le personnage. »
[...]
«
J'ai mordu là-dedans à pleines dents, avoue Marina,
la bouche gourmande. Je me sens attirée par les gens imprévisibles.
Catherine est une fille névrosée, mais aussi très
colorée. » La comédienne est une véritable
bête de scène. Pendant le tournage, le réalisateur
des Muses orphelines l'a vue se transformer en quelques secondes
en une soeur aînée hystérique, arrachant à
pleines mains les fils électriques de la voiture de son frère
pour l'empêcher de fuir. Et l'équipe de tournage de
Shehaweh, cette télésérie sur la vie
d'une Amérindienne, parle encore de la fameuse scène
où la comédienne a affronté flambant nue, mais
avec le sourire s'il vous plaît, un froid sibérien
pour danser devant la foule.
[...]
Les
gens qui la côtoient n'en fissent plus de parler de son «
incroyable énergie ». Une énergie qui a séduit
Jean-Claude Lord, d'ailleurs, quand la jeune Marina est venue tenter
sa chance pour incarner la soeur de Pierre Lambert, le joueur vedette
de la série Lance et compte. Personne ne connaissait
alors cette jeune mannequin, spécialisée dans les
pages sport et santé des catalogues Greenberg, Sports Experts,
Zellers. Mais à la demande expresse de son agente qui pensait
qu'elle pouvait décrocher le rôle, elle est rentrée
de Suisse, où son travail l'avait appelé.
«
À la première audition, la moitié de ce qu'elle
proposait était à côté du personnage,
et l'autre moitié dangereusement dessus, se souvient le metteur
en scène. Elle dégageait un tel magnétisme,
une telle flamme, qu'on a décidé de la prendre, même
si la seconde audition n'avait pas été plus concluante.
»
Premier
jour de tournage pour celle dont on sait maintenant qu'une grande
carrière l'attend : la jeune Marina se pointe sur le plateau
avec deux bonnes heures de retard! « J'étais telle
en colère que je ne lui ai pas parlé de la journée,
raconte Jean-Claude Lord. Le soir, je l'ai fait venir et je lui
ai dit de ne plus jamais recommencer ça... »
Apparemment,
l'actrice, considérée aujourd'hui comme un modèle
d'horloge suisse dans le milieu, a bien appris la leçon.
Sensible au moindre détail technique, aux cadrages, bref
au foncitonnement de l'énorme machine qui permet à
un film ou à un téléroman de voir le jour,
elle a transformé les plateaux de tournage où elle
travaillait en cours de télévision 101. Propulsée
avec Lance et compte, L'or et le papier, puis Les
filles de Caleb, Marina a véritablement appris son métier
sur le tas, sans aucun détour par le conservatoire ou une
autre école de théâtre. Une facilité
qui n'est pas sans faire de jaloux...
«
Je me souviens que lorsque je l'ai engagée pour jouer dans
la pièce Les années, plusieurs m'ont interrogée
sur mon choix, précise la metteure en scène Martine
Beaulne. Ils me faisaient valoir qu'elle n'avait pas fait d'école.
» Mais, visiblement, ces propos désobligeants glissent
sur l'actrice comme l'eau sur le dos d'un canard. Pour elle, seule
compte l'envie irrépressible de s'emparer d'un personnage,
de le travailler jusqu'à ne plus faire qu'un avec lui.
[...]
«
Lorsque les soeurs de Lucille Teasdale ont vu certains passages
du film, elles se sont écriées : "C'est Lucille!"
», confie la productrice Francine Allaire. Élève
minutieuse, Marina Orsini a consacré plusieurs mois à
lire la correspondance amoureuse du médecin canadien et de
son époux italien, à regarder les nombreuses entrevues
qu'elle a accordées, à feuilleter les albums de famille.
Elle voulait retrouver le ton de la voix, la démarche de
cette missionnaire laïque, morte du sida qu'elle a contracté
en faisant une opération chirurgicale. « C'est un personnage
plus grand que la vie, une femme d'une immense humanité,
avec un drive incroyable! s'exclame Marina. Il faut absolument
montrer le travail de gens comme elle, qui font de grandes choses.
»
[...]
Tout
en montrant des qualités certaines d'empathie, Marina Orsini
n'a pourtant rien d'une contemplative désincarnée.
Capable de mettre la main à la pâte dès qu'il
s'agit de rénover sa maison, elle aime aussi, quand elle
dispose de temps libre, prendre des cours de poterie ou se lancer
dans la décoration intérieure et la fabrication d'objets.
Cette manuelle expérimente même depuis quelque temps
la machine permettant la fabrication des spaghettis, raviolis et
autres pasta que lui a léguée sa mamma italienne.
Pas de doute, il faut impérativement qu'elle bouge! «
J'ai trop d'énergie, trop de gens à rencontrer pour
m'asseoir chez moi et attendre les propositions, lance-t-elle. J'aime
me mettre au défi, car mon désir est toujours plus
grand que ma peur. »
[...]
L'actrice
a mis les salles du Québec sens dessus dessous avec Grease,
au grand étonnement du public qui la pensait plus sérieuse.
« Je l'avais vue imiter Marjo dans un Bye bye, et ça
m'avait jeté par terre, raconte Denis Bouchard, qui a mis
en scène la comédie musicale. J'ai pensé tout
de suite à elle pour incarner Betty Rizzo. » L'oeil
pétillant, Marina avoue qu'elle a pris un plaisir fou à
chanter sur scène, alors qu'elle se livre habituellement
à cette passion entre les quatre murs de son salon.
[...]
Si
Marina Orsini parle volontiers des promenades qu'elle aime faire
avec son compagnon dans les rues du Vieux-Québec ou des soirées
passées à chanter ensemble dans leur maison des Cantons-de-l'Est,
elle protège par contre farouchement sa vie privée.
« J'ai mes limites », dit-elle d'une voix assurée.
Elle déteste, par exemple, que les journalistes tentent de
rencontrer son entourage pour leur tirer les vers du nez. Personnage
public, elle ne conçoit pas que son couple fasse la couverture
des magazines à potins à l'occasion, par exemple,
de la Saint-Valentin. Alors imaginez sa fureur lorsqu'elle a découvert
que l'hebdomadaire du coin de campagne où elle a élu
récemment domicile lui a souhaité la bienvenue à
la une! L'oeil dur, elle n'a brusquement plus rien de la bonne fille.
« C'est une invasion de mon intimité, un manque flagrant
de respect », dit-elle. Celle dont on loue la gentillesse
et la bonhomie peut donc aussi montrer les dents...
[...]
En
attendant de bercer ses petits en leur racontant des histoires d'ici
et d'ailleurs, Marina fait le bonheur des enfants des autres. Depuis
un an, en effet, une nouvelle passion la consume, la réalisation
audio. Elle prend un profond plaisir à diriger des comédiens
et à concevoir des enregistrements destinés aux jeunes,
mais également aux adultes, en association avec Alexandre
Stanké, de Coffragants.
«
J'ai découvert à Paris ce talent qu'elle possède
d'assumer la direction artistique, explique le producteur. Elle
m'a accompagné en studio d'enregistrement et, au bout de
10 minutes, elle donnait déjà des indications très
claires aux acteurs qui lisaient le texte. Je l'ai laissée
travailler et je suis parti. » Le fils de l'éditeur
Alain Stanké voit d'ailleurs les récits produits ensemble
- qu'il s'agisse de Jonathan Livingston le Goéland,
de La petite sirène ou des extraits de Cyrus,
une encyclopédie sous forme de courtes histoires pour les
enfants - comme un tremplin pour la comédienne. Marina, future
réalisatrice de téléfilms? Pourquoi pas...
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