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Le nouveau visage de Marina

Par Pascale Guéricolas
juin 2000
Source : Châtelaine, vol. 41 no 6
Photos : Monic Richard

Marina
Dr Lucille
Dr Lucille
Piero Corti (le vrai!) et Marina

Les cheveux courts et les valeurs à la bonne place, Marina Orsini a entamé la trentaine, bien résolue à mener sa vie comme elle l'entend. Son plus récent défi : incarner à l'écran le docteur Lucille Teasdale.
 
Fin d'après-midi dans un restaurant d'Outremont. Marina Orsini se confond en excuses devant un serveur un peu médusé. On pourrait croire qu'elle vient de briser son vase de cristal préféré. Mais non, il ne s'agissait... que d'un malheureux verre d'eau!

Que voulez-vous, Marina Orsini est aussi « fine », aussi gentille et aussi attentive aux autres que la rumeur le clame, conforme à l'image publique qu'elle projette. Sans pour autant être éternellement souriante. Car, malgré l'énergie lumineuse que la jeune femme répand autour d'elle, elle a aussi ses coups de cafard et ses coups de gueule.

« Avec elle, c'est toujours le pied sur le gaz! » s'exclame Robert Favreau, le réalisateur du film Les muses orphelines, qui sort d'ici peu. « À la seconde où elle pénètre dans une pièce, elle prend la réalité à bras-le-corps. Lorsque je lui ai demandé de passer des auditions pour jouer le rôle de Catherine, elle avait déjà en tête, en arrivant, deux ou trois façons d'aborder le personnage. »

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« J'ai mordu là-dedans à pleines dents, avoue Marina, la bouche gourmande. Je me sens attirée par les gens imprévisibles. Catherine est une fille névrosée, mais aussi très colorée. » La comédienne est une véritable bête de scène. Pendant le tournage, le réalisateur des Muses orphelines l'a vue se transformer en quelques secondes en une soeur aînée hystérique, arrachant à pleines mains les fils électriques de la voiture de son frère pour l'empêcher de fuir. Et l'équipe de tournage de Shehaweh, cette télésérie sur la vie d'une Amérindienne, parle encore de la fameuse scène où la comédienne a affronté flambant nue, mais avec le sourire s'il vous plaît, un froid sibérien pour danser devant la foule.

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Les gens qui la côtoient n'en fissent plus de parler de son « incroyable énergie ». Une énergie qui a séduit Jean-Claude Lord, d'ailleurs, quand la jeune Marina est venue tenter sa chance pour incarner la soeur de Pierre Lambert, le joueur vedette de la série Lance et compte. Personne ne connaissait alors cette jeune mannequin, spécialisée dans les pages sport et santé des catalogues Greenberg, Sports Experts, Zellers. Mais à la demande expresse de son agente qui pensait qu'elle pouvait décrocher le rôle, elle est rentrée de Suisse, où son travail l'avait appelé.

« À la première audition, la moitié de ce qu'elle proposait était à côté du personnage, et l'autre moitié dangereusement dessus, se souvient le metteur en scène. Elle dégageait un tel magnétisme, une telle flamme, qu'on a décidé de la prendre, même si la seconde audition n'avait pas été plus concluante. »

Premier jour de tournage pour celle dont on sait maintenant qu'une grande carrière l'attend : la jeune Marina se pointe sur le plateau avec deux bonnes heures de retard! « J'étais telle en colère que je ne lui ai pas parlé de la journée, raconte Jean-Claude Lord. Le soir, je l'ai fait venir et je lui ai dit de ne plus jamais recommencer ça... »

Apparemment, l'actrice, considérée aujourd'hui comme un modèle d'horloge suisse dans le milieu, a bien appris la leçon. Sensible au moindre détail technique, aux cadrages, bref au foncitonnement de l'énorme machine qui permet à un film ou à un téléroman de voir le jour, elle a transformé les plateaux de tournage où elle travaillait en cours de télévision 101. Propulsée avec Lance et compte, L'or et le papier, puis Les filles de Caleb, Marina a véritablement appris son métier sur le tas, sans aucun détour par le conservatoire ou une autre école de théâtre. Une facilité qui n'est pas sans faire de jaloux...

« Je me souviens que lorsque je l'ai engagée pour jouer dans la pièce Les années, plusieurs m'ont interrogée sur mon choix, précise la metteure en scène Martine Beaulne. Ils me faisaient valoir qu'elle n'avait pas fait d'école. » Mais, visiblement, ces propos désobligeants glissent sur l'actrice comme l'eau sur le dos d'un canard. Pour elle, seule compte l'envie irrépressible de s'emparer d'un personnage, de le travailler jusqu'à ne plus faire qu'un avec lui.

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« Lorsque les soeurs de Lucille Teasdale ont vu certains passages du film, elles se sont écriées : "C'est Lucille!" », confie la productrice Francine Allaire. Élève minutieuse, Marina Orsini a consacré plusieurs mois à lire la correspondance amoureuse du médecin canadien et de son époux italien, à regarder les nombreuses entrevues qu'elle a accordées, à feuilleter les albums de famille. Elle voulait retrouver le ton de la voix, la démarche de cette missionnaire laïque, morte du sida qu'elle a contracté en faisant une opération chirurgicale. « C'est un personnage plus grand que la vie, une femme d'une immense humanité, avec un drive incroyable! s'exclame Marina. Il faut absolument montrer le travail de gens comme elle, qui font de grandes choses. »

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Tout en montrant des qualités certaines d'empathie, Marina Orsini n'a pourtant rien d'une contemplative désincarnée. Capable de mettre la main à la pâte dès qu'il s'agit de rénover sa maison, elle aime aussi, quand elle dispose de temps libre, prendre des cours de poterie ou se lancer dans la décoration intérieure et la fabrication d'objets. Cette manuelle expérimente même depuis quelque temps la machine permettant la fabrication des spaghettis, raviolis et autres pasta que lui a léguée sa mamma italienne. Pas de doute, il faut impérativement qu'elle bouge! « J'ai trop d'énergie, trop de gens à rencontrer pour m'asseoir chez moi et attendre les propositions, lance-t-elle. J'aime me mettre au défi, car mon désir est toujours plus grand que ma peur. »

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L'actrice a mis les salles du Québec sens dessus dessous avec Grease, au grand étonnement du public qui la pensait plus sérieuse. « Je l'avais vue imiter Marjo dans un Bye bye, et ça m'avait jeté par terre, raconte Denis Bouchard, qui a mis en scène la comédie musicale. J'ai pensé tout de suite à elle pour incarner Betty Rizzo. » L'oeil pétillant, Marina avoue qu'elle a pris un plaisir fou à chanter sur scène, alors qu'elle se livre habituellement à cette passion entre les quatre murs de son salon.

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Si Marina Orsini parle volontiers des promenades qu'elle aime faire avec son compagnon dans les rues du Vieux-Québec ou des soirées passées à chanter ensemble dans leur maison des Cantons-de-l'Est, elle protège par contre farouchement sa vie privée. « J'ai mes limites », dit-elle d'une voix assurée. Elle déteste, par exemple, que les journalistes tentent de rencontrer son entourage pour leur tirer les vers du nez. Personnage public, elle ne conçoit pas que son couple fasse la couverture des magazines à potins à l'occasion, par exemple, de la Saint-Valentin. Alors imaginez sa fureur lorsqu'elle a découvert que l'hebdomadaire du coin de campagne où elle a élu récemment domicile lui a souhaité la bienvenue à la une! L'oeil dur, elle n'a brusquement plus rien de la bonne fille. « C'est une invasion de mon intimité, un manque flagrant de respect », dit-elle. Celle dont on loue la gentillesse et la bonhomie peut donc aussi montrer les dents...

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En attendant de bercer ses petits en leur racontant des histoires d'ici et d'ailleurs, Marina fait le bonheur des enfants des autres. Depuis un an, en effet, une nouvelle passion la consume, la réalisation audio. Elle prend un profond plaisir à diriger des comédiens et à concevoir des enregistrements destinés aux jeunes, mais également aux adultes, en association avec Alexandre Stanké, de Coffragants.

« J'ai découvert à Paris ce talent qu'elle possède d'assumer la direction artistique, explique le producteur. Elle m'a accompagné en studio d'enregistrement et, au bout de 10 minutes, elle donnait déjà des indications très claires aux acteurs qui lisaient le texte. Je l'ai laissée travailler et je suis parti. » Le fils de l'éditeur Alain Stanké voit d'ailleurs les récits produits ensemble - qu'il s'agisse de Jonathan Livingston le Goéland, de La petite sirène ou des extraits de Cyrus, une encyclopédie sous forme de courtes histoires pour les enfants - comme un tremplin pour la comédienne. Marina, future réalisatrice de téléfilms? Pourquoi pas...

 

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