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« Les beaux moments de ma vie »

Par François Hamel
28 octobre 2000
Source : Le Lundi, vol. 24 no 37
Photos : Richard Poissant

Marina
François Hamel, journaliste, et Marina
Marina en noir et blanc
Marina

Le 22 octobre, TVA présentera Dr Lucille - Un rêve pour la vie, le téléfilm sur Lucille Teasdale, une femme qui a littéralement donné sa vie pour l'hôpital qu'elle a mis sur pied en Ouganda avec son mari et complice, Piero Corti. Littéralement, puisqu'elle est morte du sida après avoir été contaminée lors d'une opération qu'elle pratiquait. Pour incarner ce médecin, TVA international a choisi une dame d'envergure, Marina Orsini.

L'oeuvre de Lucille et Piero est immmense, exceptionnelle et inspirante. Voilà le genre d'histoire qui redonne foi en l'humain, pour ceux qui, aveuglés par son côté noir, avaient perdu espoir en lui. Marina a accordé une entrevue au Lundi avant de s'envoler pour l'Asie. Sa propre grandeur d'âme pousse à réfléchir et à se retrousser les manches. Découvrir la vie de Lucille Teasdale et celle de Marina Orsini, c'est voir le monde sous un jour meilleur.

Marina Orsini, pour vous, la production de Dr Lucille est déjà assez loin dans le temps, non?
Il y a un peu plus d'un an, je partais pour l'Afrique. En fait, j'ai quitté le Québec le 25 septembre 1999 et je suis revenue le 28 novembre.

Elle ne doit pas être très loin dans votre coeur, puisque vous avez vécu, grâce à elle, des moments inoubliables...
En effet. Puis, après le tourange, il y a eu la postproduction et, ensuite, plusieurs entrevues et de la promo à faire pour la sortie de l'émission en anglais, puisqu'elle a été diffusée à la fin d'avril au réseau CTV. Enfin, j'ai fait le doublage en français, et nous sommes à préparer une nouvelle version pour la France. Alors, je peux dire que j'ai beaucoup vécu avec Lucille depuis un an.

Allez-vous également participer à la version en italien?
Les producteurs y travaillent présentement mais, finalement, je n'y prends pas part.

Je sens chez vous une certaine déception.
Oui. Je voulais y participer et j'avais dit que je le ferais, alors j'ai beaucoup de peine. Mon accent italien ne leur convenait pas : il ne correspond pas à celui de l'italien dit international. Je peux comprendre ça, mais j'aurais bien aimé que les membres de ma famille qui vivent en Italie m'entendent parler leur langue maternelle.

Où habitent-ils exactement?
À Rome. Mon père, lui, est originaire d'une région située au nord-est de la capitale.

Le fait que vous soyez d'origine italienne a dû colorer la relation que vous avez eue avec le comédien Massimo Ghini. Est-ce que je me trompe?
Non, vous avez tout à fait raison. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous parlions constamment en italien. (Sourire) D'autant plus que Massimo habite lui-même à Rome. Alors, je dirais que nous avons ressenti un lien presque familial. J'ai vraiment eu l'impression de rencontrer un cousin. D'ailleurs, que la cordialité et la convivialité s'établissent rapidement entre deux personnes, c'est tout à fait italien.

Avez-vous eu des conversations autour de quelques plats de pâtes?
(Sourire) Oui. Pendant le tournage, Massimo a même fait venir des tomates directment d'Italie! Un soir, il a préparé un repas pour tous les membres de l'équipe québécoise.

Savez-vous apprêter les mets italiens?
Oui, je ne suis pas si mal. Je fais d'excellentes recettes de ma mère et de mon père, qui était d'ailleurs un très bon cuistot.

J'ai en effet lu une entrevue où vous racontiez qu'il faisait son propre prosciutto.
Tout à fait : il en préparait chaque année avec ses tantes. Le prosciuotto était suspendu au bout d'une grande corde dans la chambre froide de notre maison.

Une grande mission

Quelle est l'expérience humaine la plus mémorable que vous avez vécue en Afrique du Sud, où s'est déroulé le tournage de Dr Lucille?
Celle d'avoir été plongée dans l'univers de Piero et Lucille, qui avaient choisi de passer leur vie à venir en aide aux autres. Finalement, ça se résume en un mot : l'humanité.

Cet exemple de don de soi permanent est édifiant et touchant, n'est-ce pas?
Tout à fait. C'est la réponse parfaite à votre question précédente. Piero continue le travail, sa fille s'occupe de la fondation en Italie - il en existe une autre ici, au Québec. Ce sont des êtres exceptionnels et très attachants.

Auriez-vous été capable de faire comme eux, de tout laisser derrière vous pour être 24 heures sur 24 au services des autres?
C'est une grande question. Je ne sais pas. (Silence) Chose certaine, j'ai beaucoup d'admiration pour ce genre de vie, et ça m'attire. Ça faisait d'ailleurs partie de mes rêves de jeunesse. Sauf que ma vie a été autre. Mon métier me permet néanmoins de partager pour un temps des expériences humaines de ce type et de défendre certaines causes humanitaires.

Vous vous êtes déjà engagée auprès de la Fondation pour la greffe de la moelle osseuse et, si je ne me trompe, vous l'êtes toujorus avec Tel-Jeunes...
Oui, je suis porte-parole de cet organisme depuis 10 ans. J'ai besoin de sentir que j'aide les autres. Notre profession nous procure l'avantage et le privilège de devenir des personnes publiques, alors il faut se servir de cette réalité pour améliorer le sort d'autrui.

Vous êtes de nature très sensible.
Oui. La souffrance des autres me touche, me chavire, me bouleverse. Par de petits gestes, on peut faire en sorte que la vie des gens soit moins dure. On espère toujours réaliser de grandes choses et être très riche pour venir au secours de certains pays. Moi, je n'ai pas tout cet argent-là.

(Blagueur:) Ah non?
(Sourire) Non, sauf que si c'était le cas, je sais comment je l'utiliserais.

Que feriez-vous?
Si j'étais multimillionnaire, j'éliminerais certaines difficultés autour de moi. Ici aussi, il y a de la misère.

Le tiers-monde se trouve également à Montréal.
Tout à fait. Je ferais en sorte qu'il y ait le moins de sans-abri possible. Je construirais des maisons, etc. Mais il n'est pas nécessaire d'avoir de l'argent pour aider les gens dans la vie de tous les jours. Il y a plein de petits gestes qu'on peut faire, comme donner un coup de main à celui qui a de la difficulté à ouvrir une porte ou encore prendre un moment pour réconforter une personne qui en a besoin, etc.

Donnez-vous quelques pièces à tous les sans-abri que vous croisez dans la rue?
J'essaie, oui.

Le respect des autres

À mon avis, un mot exprime bien ce qu'il y a de commun entre Lucille Teasdale, Piero Corti et Marina Orsini : la générosité. Cela revient souvent dans la bouche des gens qui parlent de vous.
(Sourire) Je serais incapable d'être autrement. (Silence) Au travail comme dans la vie, j'aime les situations harmonieuses. J'aime qu'on me respecte, alors je respecte également les autres. Chaque être est important. Voici sûrement un héritage de mes parents. Parce que, pou moi, la vie, c'est une question d'échanges. Je considère que je reçois beaucoup, alors je veux donner en retour. Lucille et Piero, eux, ne s'accordaient pas un très gros salaire. Imaginez, au début, Piero allait chasser pour nourrir le personnel! Alors, il faut parler d'eux pour que leur oeuvre se poursuive. Peut-être aussi que raconter leur vie inspirera d'autres personnes à suivre leur exemple. Je pense entre autres à ma tante Rose qui a pris sa retraite il y a quelques années : eh bien, elle s'est aussitôt envolée vers Haïti, où elle a travaillé auprès de jeunes enfants dans des dispensaires et des orphelinats. Mais, encore là, il y a différentes façons d'épauler les gens : c'est également adresser un sourire à quelqu'un qu'on croise dans la rue, plutôt que d'avoir l'air bête.

Ce qui ne doit pas être fréquent dans votre cas.
Non, certaines journées, je peux être réservée, davantage dans ma bulle, mais je suis incapable d'être bête avec les autres. Moi, je crois qu'on peut changer le sort de l'humanité au quotidien.

Un simple sourire peut être très puissant.
Absolument. Et on se rend compte ensuite qu'on en bénéficie soi-même grandement.

Au-delà de ces gestes, aimez-vous offrir des cadeaux?
(Sourire) Oui, j'adore ça. J'aime aussi beaucoup aller magasiner pour les dénicher.

Quel est le dernier cadeau que vous avez fait?
J'ai offert un livre à Jo Pat, ma maquilleuse dans la télésérie L'or. J'ai choisi le dernier roman de Paolo Cuelo, Véronica décide de mourir.

Pourquoi celui-là et non un autre?
Parce que j'aime beaucoup cet écrivain et que nous en avions parlé, elle et moi. Cet auteur s'intéresse énormément à l'âme, à la vie intérieure, et j'apprécie ce genre de réflexion.

Est-ce que vous lisez beaucoup?
Non. je le fais avant de me coucher, en voyage ou encore lorsque j'ai besoin de me relaxer à la maison. Par contre, j'achète plusieurs livres.

Qu'est-ce que vous préférez faire pour vous détendre?
Déjà d'être chez moi, c'est une détente, puisque j'habite à la campagne. Sinon, j'aime me retrouver autour d'une bonne table avec ma famille et mes amis, partager avec eux un bon vin, rire et discuter jusqu'à 2 ou 3 h du matin.

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