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« Je veux finir ma vie avec mon vieux complice »

Par Michel Beaudin
27 octobre 2001
Source : 7 jours, vol. 12 no 52
Photos : Daniel Auclair

Marina
Marina
Marina
Marina

À 34 ans, Marina Orsini a déjà 17 ans de carrière derrière elle. Toujours surprenante, elle sait enchaîner avec énormément de succès des rôles différents, mais toujours attachants. Dans le cadre du lancement de « Cauchemar d'amour », elle a accepté pour 7 jours d'ouvrir les portes de son coeur.
 
À 34 ans, elle vieillit, son caractère se définit et se bonifie comme un grand vin. Elle ne veut pas dire certaines choses, mais ce qu'elle donne ressemble au souvenir que l'on garde d'une promenade avec une amie par un beau dimanche ensoleillé. D'ailleurs, elle nous confie dès le début de cette entrevue : « Je n'ai pas envie de donner mon opinion sur tout, car je n'ai pas d'opinion sur tout. Ce n'est pas parce qu'on est connu que ce qu'on a à dire est intéressant. »

Marina est terriblement sollicitée par les médias, et pourtant, elle reste généreuse de ses émotions. Elle a participé à énormément de tournages cette année : L'or, Lance et compte, Le dernier chapitre, Cauchemar d'amour. Elle parle avec enthousiasme de ce dernier téléroman. C'est le plus récent de ses projets à avoir été mis en ondes; une télésérie qui pose un regard plein d'actualité sur la société et qui arrive à cerner la problématique amoureuse des gens d'une trentaine d'années avec beaucoup de justesse et d'humour. Mais dans la vraie vie, l'amour a déjà rejoint la belle comédienne... Nous avons profité de l'occasion pour nous entretenir avec elle de ce sujet.

Votre public vous suit fidèlement depuis 17 ans. Quel est votre sentiment à cet égard?
C'est quelque chose qui me touche profondément. Je me considère comme privilégiée d'être aimée par les gens, même s'il ne faut pas tenir ça pour acquis. Qui n'aie pas se faire dire bravo? Qui n'aime pas se faire dire qu'on l'aime? Hier, par exemple, je suis allée dîner dans un restaurant. Quatre personnes âgées étaient assises à une table près de la mienne. Un des messieurs s'est levé et est venu me voir. Il m'a pris la main et il m'a parlé des Filles de Caleb. Il a ajouté que maintenant il me suivait dans L'or. En le regardant se rasseoir, j'étais émue. (pause) Très, très émue qu'un homme de près de 70 ans prenne le temps de venir me serrer la main et me dire qu'il m'aime. Ces gestes sont tellement nourrissants...

Certains vous offrent même des présents en signe d'affection, n'est-ce pas?
Oui, à l'occasion. Il m'est arrivé de recevoir des présents par la poste. Des gens me font des dessins, des toiles. Certains se dépassent carrément afin de m'exprimer leurs sentiments. Mais je ne quantifie par l'amour du public de cette façon : les rencontres que je fais au quotidien sont tout aussi essentielles, pour moi. Je m'arrête chaque fois que quelqu'une veut me parler. Je respecte autant l'amour des gens que le courage qu'ils montrent en venant me parler, en faisant les premiers pas.

En 17 ans de carrière, vous avez eu l'occasion de jouer les amoureuses avec différents partenaires. Lesquelles de ces amours fictives ont été les plus intéressantes, dans la mesure où vous auriez pu envisager d'amorcer une relation avec ces comédiens dans la vie?
Ça m'est arrivé une fois de tomber réellement en amour avec un comédien sur un plateau de tournage, et je suis encore avec cet homme, comme tout le monde le sait. Mais si je pense aux personnages masculins qui ont marqué ma carrière, je retiens celui d'Ovila, pour l'espèce de passion qu'il y avait entre lui et Émilie. Ce besoin mutuel qu'ils avaient l'un de l'autre... C'est attirant, mais dangereux.

Qu'est-ce que l'amour, pour Marina Orsini?
L'amour est nécessaire; je suis de celles qui croient que l'être humain n'est pas fait pour vivre seul. L'amour, c'est deux êtres humains qui s'aident à grandir, à avancer dans la vie. L'amour, pour moi, c'est un choix. On choisit d'aimer ou de ne plus aimer quelqu'un. Je crois à la longévité et à la continuité dans l'amour.

Êtes-vous plutôt dominée par la rationalité ou par la passion?
Les deux. J'ai un côté très rationnel... même en amour. Je suis un « double signe de terre », ce qui me donne une attitude très terre à terre. Par contre, je suis attirée par des gens qui ont un côté aérien. Ce contraste crée un équilibre intéressant.

Êtes-vous difficile à vivre?
Je pense que je ne suis pas facile à vivre, dans la mesure où je suis exigeante. Je suis exigeante dans tout ce que je fais dans ma vie. Forcément, je le suis aussi pour moi-même...

Quelles sont vos qualités d'amoureuse?
(Elle éclate de rire.) Mes qualités d'amoureuse... Vas-tu aussi me demander de parler de mes défauts? J'ai probablement plus de défauts que de qualités, en amour. (Elle réfléchit.) La perception que j'ai de mes qualités est subjective. D'abord, je suis fidèle. Mon amour, Serge (Postigo), occupe une grande place dans ma vie, et ma relation avec lui occupe beaucoup de place dans l'ensemble de ma vie. C'est très important, dans le sens où cet amour est à la base de mon équilibre. Pour moi, être heureuse en amour et au travail, c'est le summum. Je ne serais pas capable d'être heureuse juste dans un de ces deux domaines.

C'est quoi, être exigeant en amour?
Disons que je souhaite plus que je n'exige. Je souhaite la franchise, la fidélité. Je souhaite la générosité. C'est sûr qu'on n'est pas toujours à la hauteur de ce qu'on demande, mais l'idée, c'est de tendre vers cet objectif.

Comment préserve-t-on l'amour?
Je ne le sais pas, mais j'y travaille tous les jours. Jean Beaudin, le réalisateur, m'a un jour dit une phrase qui me sert encore de référence au sujet des relations de couple : « Être en relation, c'est accepter de mettre ses gants blancs tous les jours. » C'est vrai. La diplomatie, le respect, c'est ça, l'amour. La société ne favorise pas l'expression de ces qualités. On «jette» souvent l'amour comme on jette un bien de consommation. Mais maintenant je perçois une certaine tendance à revenir aux vertus de la famille.

Avez-vous envie de fonder une famille, d'avoir des enfants?
J'y crois à cent milles à l'heure. Je suis rendue à cet âge-là. Mais moi, ce que je veux, ce n'est pas des enfants, c'est une famille. Tu comprends? Avoir un enfant pour avoir un enfant... Non. Mon goûte de la famille vient peut-être de mes racines italiennes. Mon père, qui est décédé il y a 11 ans, était Italien, et ma mère a découvert qu'elle avait des origines italiennes, elle aussi.

Voulez-vous vous marier avant d'avoir des enfants?
Mon opinion a changé là-dessus. Jeune, je cultivais vraiment cette idée de me marier d'abord, puis d'avoir des enfants. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas. Non, je pense que je vais avoir des enfants d'abord, et me marier ensuite. C'est de cette façon que je vois le déroulement de ma vie. La robe blanche et l'église, ça ne correspond pas à ma vision du mariage.

Est-ce que cette idée que l'on se fait de l'importance du mariage religieux pour les Italiens correspond à la réalité?
Ce n'est pas faux; ma mère possède ces valeurs. Il faut comprendre, toutefois, qu'elle est d'une autre génération. Elle s'est mariée à l'église parce qu'elle le désirait, mais surtout parce que c'est ce qui se faisait à l'époque. C'est important de suivra ses convictions, et ensuite de les partager avec sa famille et ceux qu'on aime. Je crois au mariage... Au symbole du mariage, sans le protocole.

Les enfants avant 40 ans... Il vous reste donc dix ans. Combien en voulez-vous?
Je ne le sais pas. Mon frère, qui est plus vieux que moi, vient d'avoir une petite fille. Elle a deux ans. Ça me donne encore plus le goût d'avoir moi-même des enfants. Je suis une bonne «matante», je crois. J'aime choyer ma nièce. J'ai toujours été attirée par les tout-petits. Je ne verrais pas ma vie sans enfant. Je me questionne beaucoup sur le genre de mère que je vais être. La mienne était sévère, mais pour les bonnes raisons. J'ai été bien élevée, avec de bonnes valeurs. Ma mère était responsable et présente. Elle prenait plus de place que mon père, qui, contrairement à ce qu'on imagine du père italien, était plutôt facile d'approche. C'était plus faicle de négocier avec lui qu'avec ma mère.

Tout le monde dit que vous êtes gentille. Comment êtes-vous dans la vie de tous les jours?
Pas toujours gentille! Je ne suis pas un ange. J'ai du caractère et une grande gueule. Disons que, des fois, je ne prends pas de détours... Mais il reste que les gens n'ont pas tort : en temps normal, je suis plutôt agréable et compréhensive. En vieillissant, je suis devenue plus colérique - j'ai moins peur ou je suis moins gênée qu'avant de montrer ce côté-là de ma personnalité -, contrairement à une période de ma vie au cours de laquelle je ne voulais pas déplaire. Mais je n'aime pas me chicaner pour autant. Lorsque ça arrive, il paraît que je prale fort... À la maison, dans mon enfance, nous parlions tous fort. Quand on me dit : « Tu cries! », je réponds : « Non! Non, ça, ce n'est pas crier. Si je criais... » (rires)

Quels sont vos meilleurs éléments de séduction?
(Elle semble interloquée:) Je ne le sais pas. (Elle rit aux éclats.) Écoute, ce n'est pas facile de répondre à ça! J'aime les gens... (pause) J'aime me mettre en valeur, de façon générale. J'ai une certaine conscience de mon apparence. J'aime être à mon avantage. Mais je ne base pas ma vie sur la séduction.

Dans votre vie, iriez-vous aussi loin que votre personnage d'Anne dans Cauchemar d'amour?
Peut-être que oui, si j'étais aussis désespérée qu'elle... Je m'inscrirais à des soupers-rencontres, je m'abonnerais à un service téléphonique de rencontres... Mais ça prend du courage. Les gens de ma génération se reconnaissent dans les personnages de cette série. Des fois, nous réagissons de façon démesurée face à l'amour. Nous pensons que la personne que nous venons de rencontrer est l'amour de notre vie. Nous allon ssi vite que nous dépassons le point où notre amour est réellement rendu. C'est vrai pour plusieurs d'entre nous. C'est ça, Cauchemar d'amour. C'est très urbain, très actuel. Ça représente le tourbillon de la vie moderne qui nous pousse à «consommer» l'amour comme on consomme tout le reste.

Pourquoi avez-vous accepté ce rôle?
Parce que le scénario m'a fait rire. Au départ, j'étais réticente. Je voulais savoir de quelle façon le réalisateur et le producteur pensaient aborder le projet. Je n'avais jamais joué dans une comédie romantique. Je lisais ça au premier degré. Le réalisateur, Bruno Carrière, m'a expliqué sa démarche. C'est ça, joint à la qualité des textes de Sylvie Bouchard et d'Anne-Denis Carette, qui m'a convaincue. Je reconnaissais plusieurs de mes amis qui sont célibataires dans les situations développées.

Pierre Brassard est-il crédible, en tant qu'amoureux, dans le rôle de Bernard?
C'est un véritable bonheur. Il a réussi à rendre son personnage très touchant et attachant. Pierre est très, très bon.

D'après vous, est-ce qu'on provoque les choses ou est-ce plutôt le destin qui décidé pour nous?
Je crois au destin. Mais on participe grandement à ce qui nous arrive. Il y a une part de destin qui définit notre existence. On décide toutefois de s'ouvrir ou de se fermer aux choses qui se présentent. En ce sens, on est responsable de son destin.

Que faites-vous pour vous changer les idées après une déception amoureuse?
Mon Dieu! Je pense qu'en général, dans la vie, quelle que soit la nature - amoureuse ou autre - des déceptions qu'on éprouve, c'est dans le mouvement qu'on arrive à guérir. Je ne passerai jamais trois mois à pleurer, enfermée chez moi avec ma boîte de kleenex, c'est sûr! Ce n'est pas dans ma nature. Je ne suis vraiment pas du genre dépressive. Je ne le serais jamais pour longtemps, en tout cas!

Croyez-vous à l'astrologie? Au feng shui amoureux?
Il y a de bons trucs dans le feng shui. J'ai un livre sur le sujet chez moi. Et j'aime l'astrologie; cela donne certaines indications...

Dans quel contexte aimeriez-vous vivre votre vieillesse?
Hum... Je crois au fait de vivre longtemps avec la même personne. Je me verrais bien, une fois à la retraite, passer six mois dans le Sud, six mois au Québec. Voyager, avoir eu des enfants... Je veux finir ma vie avec un vieux complice, en espérant pouvoir m'asseoir avec lui sous un arbre pour que nous nous racontions nos souvenirs en riant.

Êtes-vous sportive?
Récemment, j'avais commencé à m'entraîner dans un gymnase. Je pratiquais aussi le taï-bo (taï-boxe), il n'y a pas longtemps. Mais c'est toujours la même chose : dès que je suis en tournage pour un film ou une télésérie, je n'ai plus le temps de faire autre chose. Travailler devient alors mon exercice. J'ai envie de me remettre au sport; je voudrais nager et jouer au badmington. Ça fait partie de mes projets.

Cuisinez-vous?
Oui. J'adore cuisiner. Je suis une femme d'intérieur.

Chez vous, qui fait le ménage?
Nous le faisons tous les deux, Serge et moi, de façon assez équitable. Mais il m'arrive d'être un peu fatigante avec ça. Je suis un peu maniaque, à mes heures. Je porte attention au quotidien, à la maison. Il faut changer souvent le décor, éviter de mettre toujours les mêmes napperons...

Parlez-vous de travail à la maison?
Oui, nous en parlons, mais nous sommes capables de décrocher rapidement. Nous nous échangeons des conseils.

Avez-vous d'autres passions communes?
Notre vie à la campagne, nos chiens, nos travaux autour de la maison. Nous avons toujours des projets de rénovation. Le travail manuel nous passionne tous les deux.

Je la regarde poser pour le photographe. Son naturel est désarmant : elle est chez elle devant une caméra. Et elle a un petit mot gentil pour chaque membre de l'équipe qui l'entoure...

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