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À
34 ans, Marina Orsini a déjà 17 ans de carrière
derrière elle. Toujours surprenante, elle sait enchaîner
avec énormément de succès des rôles différents,
mais toujours attachants. Dans le cadre du lancement de «
Cauchemar d'amour », elle a accepté pour 7 jours
d'ouvrir les portes de son coeur.
À 34 ans, elle vieillit, son caractère se définit
et se bonifie comme un grand vin. Elle ne veut pas dire certaines
choses, mais ce qu'elle donne ressemble au souvenir que l'on garde
d'une promenade avec une amie par un beau dimanche ensoleillé.
D'ailleurs, elle nous confie dès le début de cette
entrevue : « Je n'ai pas envie de donner mon opinion sur
tout, car je n'ai pas d'opinion sur tout. Ce n'est pas parce qu'on
est connu que ce qu'on a à dire est intéressant.
»
Marina
est terriblement sollicitée par les médias, et pourtant,
elle reste généreuse de ses émotions. Elle
a participé à énormément de tournages
cette année : L'or, Lance et compte, Le
dernier chapitre, Cauchemar d'amour. Elle parle avec
enthousiasme de ce dernier téléroman. C'est le plus
récent de ses projets à avoir été mis
en ondes; une télésérie qui pose un regard
plein d'actualité sur la société et qui arrive
à cerner la problématique amoureuse des gens d'une
trentaine d'années avec beaucoup de justesse et d'humour.
Mais dans la vraie vie, l'amour a déjà rejoint la
belle comédienne... Nous avons profité de l'occasion
pour nous entretenir avec elle de ce sujet.
Votre
public vous suit fidèlement depuis 17 ans. Quel est votre
sentiment à cet égard?
C'est
quelque chose qui me touche profondément. Je me considère
comme privilégiée d'être aimée par les
gens, même s'il ne faut pas tenir ça pour acquis. Qui
n'aie pas se faire dire bravo? Qui n'aime pas se faire dire qu'on
l'aime? Hier, par exemple, je suis allée dîner dans
un restaurant. Quatre personnes âgées étaient
assises à une table près de la mienne. Un des messieurs
s'est levé et est venu me voir. Il m'a pris la main et il
m'a parlé des Filles de Caleb. Il a ajouté
que maintenant il me suivait dans L'or. En le regardant se
rasseoir, j'étais émue. (pause) Très,
très émue qu'un homme de près de 70 ans prenne
le temps de venir me serrer la main et me dire qu'il m'aime. Ces
gestes sont tellement nourrissants...
Certains
vous offrent même des présents en signe d'affection,
n'est-ce pas?
Oui,
à l'occasion. Il m'est arrivé de recevoir des présents
par la poste. Des gens me font des dessins, des toiles. Certains
se dépassent carrément afin de m'exprimer leurs sentiments.
Mais je ne quantifie par l'amour du public de cette façon
: les rencontres que je fais au quotidien sont tout aussi essentielles,
pour moi. Je m'arrête chaque fois que quelqu'une veut me parler.
Je respecte autant l'amour des gens que le courage qu'ils montrent
en venant me parler, en faisant les premiers pas.
En
17 ans de carrière, vous avez eu l'occasion de jouer les
amoureuses avec différents partenaires. Lesquelles de ces
amours fictives ont été les plus intéressantes,
dans la mesure où vous auriez pu envisager d'amorcer une
relation avec ces comédiens dans la vie?
Ça
m'est arrivé une fois de tomber réellement en amour
avec un comédien sur un plateau de tournage, et je suis encore
avec cet homme, comme tout le monde le sait. Mais si je pense aux
personnages masculins qui ont marqué ma carrière,
je retiens celui d'Ovila, pour l'espèce de passion qu'il
y avait entre lui et Émilie. Ce besoin mutuel qu'ils avaient
l'un de l'autre... C'est attirant, mais dangereux.
Qu'est-ce
que l'amour, pour Marina Orsini?
L'amour
est nécessaire; je suis de celles qui croient que l'être
humain n'est pas fait pour vivre seul. L'amour, c'est deux êtres
humains qui s'aident à grandir, à avancer dans la
vie. L'amour, pour moi, c'est un choix. On choisit d'aimer ou de
ne plus aimer quelqu'un. Je crois à la longévité
et à la continuité dans l'amour.
Êtes-vous
plutôt dominée par la rationalité ou par la
passion?
Les
deux. J'ai un côté très rationnel... même
en amour. Je suis un « double signe de terre », ce qui
me donne une attitude très terre à terre. Par contre,
je suis attirée par des gens qui ont un côté
aérien. Ce contraste crée un équilibre intéressant.
Êtes-vous
difficile à vivre?
Je
pense que je ne suis pas facile à vivre, dans la mesure où
je suis exigeante. Je suis exigeante dans tout ce que je fais dans
ma vie. Forcément, je le suis aussi pour moi-même...
Quelles
sont vos qualités d'amoureuse?
(Elle éclate de rire.) Mes qualités d'amoureuse...
Vas-tu aussi me demander de parler de mes défauts? J'ai probablement
plus de défauts que de qualités, en amour. (Elle
réfléchit.) La perception que j'ai de mes qualités
est subjective. D'abord, je suis fidèle. Mon amour, Serge
(Postigo), occupe une grande place dans ma vie, et ma relation
avec lui occupe beaucoup de place dans l'ensemble de ma vie. C'est
très important, dans le sens où cet amour est à
la base de mon équilibre. Pour moi, être heureuse en
amour et au travail, c'est le summum. Je ne serais pas capable d'être
heureuse juste dans un de ces deux domaines.
C'est
quoi, être exigeant en amour?
Disons
que je souhaite plus que je n'exige. Je souhaite la franchise, la
fidélité. Je souhaite la générosité.
C'est sûr qu'on n'est pas toujours à la hauteur de
ce qu'on demande, mais l'idée, c'est de tendre vers cet objectif.
Comment
préserve-t-on l'amour?
Je
ne le sais pas, mais j'y travaille tous les jours. Jean Beaudin,
le réalisateur, m'a un jour dit une phrase qui me sert encore
de référence au sujet des relations de couple : «
Être en relation, c'est accepter de mettre ses gants blancs
tous les jours. » C'est vrai. La diplomatie, le respect,
c'est ça, l'amour. La société ne favorise pas
l'expression de ces qualités. On «jette» souvent
l'amour comme on jette un bien de consommation. Mais maintenant
je perçois une certaine tendance à revenir aux vertus
de la famille.
Avez-vous
envie de fonder une famille, d'avoir des enfants?
J'y
crois à cent milles à l'heure. Je suis rendue à
cet âge-là. Mais moi, ce que je veux, ce n'est pas
des enfants, c'est une famille. Tu comprends? Avoir un enfant pour
avoir un enfant... Non. Mon goûte de la famille vient peut-être
de mes racines italiennes. Mon père, qui est décédé
il y a 11 ans, était Italien, et ma mère a découvert
qu'elle avait des origines italiennes, elle aussi.
Voulez-vous
vous marier avant d'avoir des enfants?
Mon
opinion a changé là-dessus. Jeune, je cultivais vraiment
cette idée de me marier d'abord, puis d'avoir des enfants.
Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas. Non, je pense que je
vais avoir des enfants d'abord, et me marier ensuite. C'est de cette
façon que je vois le déroulement de ma vie. La robe
blanche et l'église, ça ne correspond pas à
ma vision du mariage.
Est-ce
que cette idée que l'on se fait de l'importance du mariage
religieux pour les Italiens correspond à la réalité?
Ce
n'est pas faux; ma mère possède ces valeurs. Il faut
comprendre, toutefois, qu'elle est d'une autre génération.
Elle s'est mariée à l'église parce qu'elle
le désirait, mais surtout parce que c'est ce qui se faisait
à l'époque. C'est important de suivra ses convictions,
et ensuite de les partager avec sa famille et ceux qu'on aime. Je
crois au mariage... Au symbole du mariage, sans le protocole.
Les
enfants avant 40 ans... Il vous reste donc dix ans. Combien en voulez-vous?
Je
ne le sais pas. Mon frère, qui est plus vieux que moi, vient
d'avoir une petite fille. Elle a deux ans. Ça me donne encore
plus le goût d'avoir moi-même des enfants. Je suis une
bonne «matante», je crois. J'aime choyer ma nièce.
J'ai toujours été attirée par les tout-petits.
Je ne verrais pas ma vie sans enfant. Je me questionne beaucoup
sur le genre de mère que je vais être. La mienne était
sévère, mais pour les bonnes raisons. J'ai été
bien élevée, avec de bonnes valeurs. Ma mère
était responsable et présente. Elle prenait plus de
place que mon père, qui, contrairement à ce qu'on
imagine du père italien, était plutôt facile
d'approche. C'était plus faicle de négocier avec lui
qu'avec ma mère.
Tout
le monde dit que vous êtes gentille. Comment êtes-vous
dans la vie de tous les jours?
Pas
toujours gentille! Je ne suis pas un ange. J'ai du caractère
et une grande gueule. Disons que, des fois, je ne prends pas de
détours... Mais il reste que les gens n'ont pas tort : en
temps normal, je suis plutôt agréable et compréhensive.
En vieillissant, je suis devenue plus colérique - j'ai moins
peur ou je suis moins gênée qu'avant de montrer ce
côté-là de ma personnalité -, contrairement
à une période de ma vie au cours de laquelle je ne
voulais pas déplaire. Mais je n'aime pas me chicaner pour
autant. Lorsque ça arrive, il paraît que je prale fort...
À la maison, dans mon enfance, nous parlions tous fort. Quand
on me dit : « Tu cries! », je réponds : «
Non! Non, ça, ce n'est pas crier. Si je criais... »
(rires)
Quels
sont vos meilleurs éléments de séduction?
(Elle
semble interloquée:) Je ne le sais pas. (Elle rit
aux éclats.) Écoute, ce n'est pas facile de répondre
à ça! J'aime les gens... (pause) J'aime me
mettre en valeur, de façon générale. J'ai une
certaine conscience de mon apparence. J'aime être à
mon avantage. Mais je ne base pas ma vie sur la séduction.
Dans
votre vie, iriez-vous aussi loin que votre personnage d'Anne dans
Cauchemar d'amour?
Peut-être
que oui, si j'étais aussis désespérée
qu'elle... Je m'inscrirais à des soupers-rencontres, je m'abonnerais
à un service téléphonique de rencontres...
Mais ça prend du courage. Les gens de ma génération
se reconnaissent dans les personnages de cette série. Des
fois, nous réagissons de façon démesurée
face à l'amour. Nous pensons que la personne que nous venons
de rencontrer est l'amour de notre vie. Nous allon ssi vite que
nous dépassons le point où notre amour est réellement
rendu. C'est vrai pour plusieurs d'entre nous. C'est ça,
Cauchemar d'amour. C'est très urbain, très
actuel. Ça représente le tourbillon de la vie moderne
qui nous pousse à «consommer» l'amour comme on
consomme tout le reste.
Pourquoi
avez-vous accepté ce rôle?
Parce
que le scénario m'a fait rire. Au départ, j'étais
réticente. Je voulais savoir de quelle façon le réalisateur
et le producteur pensaient aborder le projet. Je n'avais jamais
joué dans une comédie romantique. Je lisais ça
au premier degré. Le réalisateur, Bruno Carrière,
m'a expliqué sa démarche. C'est ça, joint à
la qualité des textes de Sylvie Bouchard et d'Anne-Denis
Carette, qui m'a convaincue. Je reconnaissais plusieurs de mes amis
qui sont célibataires dans les situations développées.
Pierre
Brassard est-il crédible, en tant qu'amoureux, dans le rôle
de Bernard?
C'est
un véritable bonheur. Il a réussi à rendre
son personnage très touchant et attachant. Pierre est très,
très bon.
D'après
vous, est-ce qu'on provoque les choses ou est-ce plutôt le
destin qui décidé pour nous?
Je
crois au destin. Mais on participe grandement à ce qui nous
arrive. Il y a une part de destin qui définit notre existence.
On décide toutefois de s'ouvrir ou de se fermer aux choses
qui se présentent. En ce sens, on est responsable de son
destin.
Que
faites-vous pour vous changer les idées après une
déception amoureuse?
Mon
Dieu! Je pense qu'en général, dans la vie, quelle
que soit la nature - amoureuse ou autre - des déceptions
qu'on éprouve, c'est dans le mouvement qu'on arrive à
guérir. Je ne passerai jamais trois mois à pleurer,
enfermée chez moi avec ma boîte de kleenex, c'est sûr!
Ce n'est pas dans ma nature. Je ne suis vraiment pas du genre dépressive.
Je ne le serais jamais pour longtemps, en tout cas!
Croyez-vous
à l'astrologie? Au feng shui amoureux?
Il
y a de bons trucs dans le feng shui. J'ai un livre sur le sujet
chez moi. Et j'aime l'astrologie; cela donne certaines indications...
Dans
quel contexte aimeriez-vous vivre votre vieillesse?
Hum...
Je crois au fait de vivre longtemps avec la même personne.
Je me verrais bien, une fois à la retraite, passer six mois
dans le Sud, six mois au Québec. Voyager, avoir eu des enfants...
Je veux finir ma vie avec un vieux complice, en espérant
pouvoir m'asseoir avec lui sous un arbre pour que nous nous racontions
nos souvenirs en riant.
Êtes-vous
sportive?
Récemment,
j'avais commencé à m'entraîner dans un gymnase.
Je pratiquais aussi le taï-bo (taï-boxe), il n'y a pas
longtemps. Mais c'est toujours la même chose : dès
que je suis en tournage pour un film ou une télésérie,
je n'ai plus le temps de faire autre chose. Travailler devient alors
mon exercice. J'ai envie de me remettre au sport; je voudrais nager
et jouer au badmington. Ça fait partie de mes projets.
Cuisinez-vous?
Oui.
J'adore cuisiner. Je suis une femme d'intérieur.
Chez
vous, qui fait le ménage?
Nous
le faisons tous les deux, Serge et moi, de façon assez équitable.
Mais il m'arrive d'être un peu fatigante avec ça. Je
suis un peu maniaque, à mes heures. Je porte attention au
quotidien, à la maison. Il faut changer souvent le décor,
éviter de mettre toujours les mêmes napperons...
Parlez-vous
de travail à la maison?
Oui,
nous en parlons, mais nous sommes capables de décrocher rapidement.
Nous nous échangeons des conseils.
Avez-vous
d'autres passions communes?
Notre
vie à la campagne, nos chiens, nos travaux autour de la maison.
Nous avons toujours des projets de rénovation. Le travail
manuel nous passionne tous les deux.
Je
la regarde poser pour le photographe. Son naturel est désarmant
: elle est chez elle devant une caméra. Et elle a un petit
mot gentil pour chaque membre de l'équipe qui l'entoure...
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