la une

Les noëls italiens de Marina Orsini

Par Elaine Caire
décembre 2001
Source : Femme Plus, vol. 14 no 11
Photos : Johanne Mercier
Marina
Marina
Marina
Marina
Marina
Marina
Marina

Marina Orsini, à la manière de Charlebois, pourrait chanter - elle chante et danse fort bien d'ailleurs - Je suis une fille ben ordinaire! C'est vrai qu'elle n'est pas du genre à se faire remarquer. Sauf que... sa taille de mannequin, ses grands yeux bruns, son rire rauque et généreux, l'intensité de sa présence font qu'on ne peut s'empêcher de la regarder et de vouloir s'approcher d'elle.
 
Cette fille qui se veut ordinaire est de loin une comédienne extraordinaire; sa feuille de route impressionnante en témoigne. Bien qu'elle ait joué sur scène (Grease) et pour le grand écran (Les Muses orphelines), c'est beaucoup à la télé qu'elle s'est illustrée, en donnant vie à des personnages toujours attachants : Suzie Lambert de la série Lance et compte en 1986, Émilie dans Les Filles de Caleb et Blanche, de 1990 à 1992, et Lucille Teasdale dans Dr Lucille : The Lucille Teasdale Story. Cet automne, elle incarnait avec talent Anne dans Cauchemar d'amour, Corinne Martinelli dans L'Or et cet hiver, on pourra la voir dans Lance et compte, la nouvelle génération, puis dans le rôle de Karen Durelle, dans The Last Chapter.

Marina Orsini parle français, speaks English et parla italiano. Son père était italien d'origine. Ça ne change pas le monde... mais ça colore la vie de rituels et de traditions spécifiques.

Dites-nous, Marina, êtes-vous made in Italia?
Non, non, made in Québec! Mais mes origines sont italiennes, c'est comme une aleur ajoutée à ma personnalité. Je me rappelle nos dimanches en famille devant Tele Domenica; une fois les émissions terminées, mon père sortait son accordéon et se mettait à jouer. Cet accordéon, il me l'a prêté pour mon rôle d'Émilie Bordeleau, car elle en jourait en attendant son bel Ovila.

Ces jours-là, il y avait du vin rouge sur la table et une sauce à spaghetti sur le feu. Des odeurs d'ail, de basilic et de laurier flottaient dans l'air. Je me rappelle de tout ça comme si c'était hier... Ma mère, mon frère et moi, on écoutait mon père interpréter des chansons de chez lui, un petit patelin au nord de Rome.

Avez-vous des souvenirs de vous, petite fille, la nuit de Noël?
Bien sûr! Comme si, la journée de Noël, le temps s'arrêtait. Spécialement quand il neigeait. La maison était toute décorée; les lumières et les boules dans l'arbre naturel scintillaient... On nous réveillait, mon frère et moi, un peu avant minuit, et nous descendions ouvrir nos cadeaux.

Quels sont les cadeaux qui vous ont le plus marquée?
Une poupée bébé qui faisait pipi : le plaisir suprême pour ma cousine et moi quand on jouait à la mère! Je me rappelle aussi avoir reçu un magnétophone. Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai eu la piqûre des communications. Je faisais des topos très sérieux. « Ici Marina Orsini. Chers auditeurs, j'aimerais aujourd'hui vous parler de... » Ou encore je me glissais sous la table de la cuisine et j'enregistrais ma mère quand elle parlait au téléphone.

Noël, c'était important pour votre famille?
Oh, c'était sacré! On se préparait longtemps d'avance et chacun avait ses spécialités. Ma mère cuisait la dinde traditionnelle, mais elle préparait aussi une lasagne, un petit chef-d'oeuvre de saveurs! Mon père faisait son propre vin - ce n'était pas de la piquette, je vous assure - et son prosciutto, un jambon fumé et salé au goût très fin. Chez les Italiens, les hommes comme les femmes cuisinent. Mon père était un bon cuistot; il savait apprêter les cailles, le lapin et le petit gibier.

Durant le temps des Fêtes, on achetait tout plein de bonnes choses parce qu'on recevait les deux côtés de la parenté. Pendant mon enfance, nous habitions Ville-Émard et nous allions faire des razzias d'huile d'olive, d'olives noires et vertes, d'artichauts dans l'huile, de saucissons variés, de fromages et de cerises dans le marasquin chez Di Rosso, un ami de mon père. Cette épicerie existe toujours. De temps en temps, j'y passe encore, pour dire bonjour et faire des courses.

On achetait aussi, comme à chaque grande occasion, plusieurs panettone. Ces pains gâteaux doux sont offerts dans de belles boîtes colorées que l'on suspend en guirlande au plafond des épiceries italiennes. Les panettone se prennent aussi bien avec du café qu'avec du vin, aux repas qu'en collation.

L'atmosphère était à la fête!
À Noël, la maison débordait de monde. Il y avait mes oncles et mes tantes. Mes cousins et mes cousins étaient comme mes frères et mes soeurs, et encore aujourd'hui, les liens sont tricotés serré. Ma mère se parfumait au Chanel no 5 et elle se mettait sur son trente et un : paillettes, mousseline et talons hauts.

Chez moi, encore aujourd'hui, on porte un vêtement neuf pour Noël. C'est une tradition que j'aime bien, car j'adore magasiner. Cela me détend, mais je déteste quand les préposés à la vente me harcèlent. À ce moment-là, j'ai plutôt envie de partir...

[...]

Vous souvenez-vous d'un Noël en particulier?
Oui. Je devais avoir 5 ou 6 ans. Un vieillard itinérant était venu frapper à notre porte. Il réclamait un café bien chaud. Ma mère l'avait invité à entrer, pour qu'il prenne un bon repas, mais l'homme n'avait pas voulu. Ma mère l'avait donc servi dans le vestibule et je l'avais regardé manger. Il est revenu quelques années de suite, puis on ne l'a plus revu... Était-il mort? Était-il parti? Je ne le saurai jamais. Mes parents avaient le coeur à la bonne place. Ils ont toujours eu un grand sens de l'accueil.

Je me souviens aussi d'un Noël moins joyeux que les autres : le dernier que mon père ait passé avec nous. C'était en 1989. Ce fut une belle fête, pleine d'amour et d'espoir, mais sur fond de tristesse. Mon père souffrait d'un cancer. On avait tous espoir qu'il guérisse, mais il est mort peu après, le 3 mars 1990, à l'âge de 52 ans.

Chez vous, aujourd'hui, ça se passe comment?
Je redonne ce que l'on m'a donné. La famille se réunit dans ma maisons des Cantons de l'Est; on veille jusqu'à 3h du matin, après un bon repas et beaucoup de musique. Et Viva Italia! Chez nous, ça ne sent pas la cannelle à Noël, mais plutôt l'ail, l'origan, le basilic. Je sers des olives, des tomates, du pain... italien. Et tutti quanti!

J'aime décorer notre maison. À l'extérieur, des lumières blanches dans les arbres et une immense couronne sur le mur du garage. À l'intérieur, un sapin, toujours naturel, pour son arôme. Je l'orne de décorations anciennes et nouvelles, de lumières, puis d'une cinquantaine de boucles de rubans que j'ai confectionnées avec ma belle-mère, une vraie bonne bricoleuse.

Je perpétue la tradition. On se retrouve une dizaine de personnes, mais il y a 100 cadeaux sous l'arbre! En fait, j'adore faire des cadeaux et pas seulement à Noël. Mais ce jour-là est une occasion spéciale pour exprimer notre amour et notre affection.

Un Noël idéal, ça rime avec neige?
Je ne m'imagine pas passer Noël sous les palmiers. Un vrai Noël, c'est sous la neige que ça se passe. Sauf que même si je l'aime (j'ai fait des compétitions de ski, plus jeune), la neige, avec tout son arsenal, me pèce un peu plus chaque année. L'hiver, à ma retraite, j'irai dans le Sud, comme tout le monde! Mais après Noël. J'aime tellement les vêtements d'été, les tissus légers, pour la liberté de mouvement qu'ils nous laissent! Le Noël idéal? Je m'en rapproche un peu plus chaque année. Je veux que la beauté et l'harmonie soient au rendez-vous. Avec des enfants bien à moi. Un jour, je louerai des carrioles pour aller tous ensemble à la messe de minuit, puis revenir se recuillir autour d'un bon repas et faire la fête. Une façon de dire «Merci, la vie!».

Chaque année, on prend de plus en plus conscience de la joie d'être réunis. En levant nos verres pour trinquer, on se le dit : « On est chanceux d'être ensemble! » Malgré nos différences et nos défauts, c'est une grande joie de pouvoir nous retrouver. Noël, ce doit être un moment inoubliable, gravé pour la vie dans la mémoire du coeur. Buon Natale!

[...]

 

Article précédent :
Marina Orsini et Serge Postigo déclarent leur amour
Fermer la fenêtre Article suivant :
L'année Marina Orsini