|
|
Marina
Orsini, à la manière de Charlebois, pourrait chanter
- elle chante et danse fort bien d'ailleurs - Je suis une fille
ben ordinaire! C'est vrai qu'elle n'est pas du genre à
se faire remarquer. Sauf que... sa taille de mannequin, ses grands
yeux bruns, son rire rauque et généreux, l'intensité
de sa présence font qu'on ne peut s'empêcher de la
regarder et de vouloir s'approcher d'elle.
Cette fille qui se veut ordinaire est de loin une comédienne
extraordinaire; sa feuille de route impressionnante en témoigne.
Bien qu'elle ait joué sur scène (Grease) et
pour le grand écran (Les Muses orphelines), c'est
beaucoup à la télé qu'elle s'est illustrée,
en donnant vie à des personnages toujours attachants : Suzie
Lambert de la série Lance et compte en 1986, Émilie
dans Les Filles de Caleb et Blanche, de 1990 à
1992, et Lucille Teasdale dans Dr Lucille : The Lucille Teasdale
Story. Cet automne, elle incarnait avec talent Anne dans Cauchemar
d'amour, Corinne Martinelli dans L'Or et cet hiver, on
pourra la voir dans Lance et compte, la nouvelle génération,
puis dans le rôle de Karen Durelle, dans The Last Chapter.
Marina
Orsini parle français, speaks English et parla
italiano. Son père était italien d'origine. Ça
ne change pas le monde... mais ça colore la vie de rituels
et de traditions spécifiques.
Dites-nous,
Marina, êtes-vous made in Italia?
Non,
non, made in Québec! Mais mes origines sont italiennes,
c'est comme une aleur ajoutée à ma personnalité.
Je me rappelle nos dimanches en famille devant Tele Domenica;
une fois les émissions terminées, mon père
sortait son accordéon et se mettait à jouer. Cet accordéon,
il me l'a prêté pour mon rôle d'Émilie
Bordeleau, car elle en jourait en attendant son bel Ovila.
Ces
jours-là, il y avait du vin rouge sur la table et une sauce
à spaghetti sur le feu. Des odeurs d'ail, de basilic et de
laurier flottaient dans l'air. Je me rappelle de tout ça
comme si c'était hier... Ma mère, mon frère
et moi, on écoutait mon père interpréter des
chansons de chez lui, un petit patelin au nord de Rome.
Avez-vous
des souvenirs de vous, petite fille, la nuit de Noël?
Bien
sûr! Comme si, la journée de Noël, le temps s'arrêtait.
Spécialement quand il neigeait. La maison était toute
décorée; les lumières et les boules dans l'arbre
naturel scintillaient... On nous réveillait, mon frère
et moi, un peu avant minuit, et nous descendions ouvrir nos cadeaux.
Quels
sont les cadeaux qui vous ont le plus marquée?
Une
poupée bébé qui faisait pipi : le plaisir suprême
pour ma cousine et moi quand on jouait à la mère!
Je me rappelle aussi avoir reçu un magnétophone. Je
crois que c'est à ce moment-là que j'ai eu la piqûre
des communications. Je faisais des topos très sérieux.
« Ici Marina Orsini. Chers auditeurs, j'aimerais aujourd'hui
vous parler de... » Ou encore je me glissais sous la table
de la cuisine et j'enregistrais ma mère quand elle parlait
au téléphone.
Noël,
c'était important pour votre famille?
Oh,
c'était sacré! On se préparait longtemps d'avance
et chacun avait ses spécialités. Ma mère cuisait
la dinde traditionnelle, mais elle préparait aussi une lasagne,
un petit chef-d'oeuvre de saveurs! Mon père faisait son propre
vin - ce n'était pas de la piquette, je vous assure - et
son prosciutto, un jambon fumé et salé au goût
très fin. Chez les Italiens, les hommes comme les femmes
cuisinent. Mon père était un bon cuistot; il savait
apprêter les cailles, le lapin et le petit gibier.
Durant
le temps des Fêtes, on achetait tout plein de bonnes choses
parce qu'on recevait les deux côtés de la parenté.
Pendant mon enfance, nous habitions Ville-Émard et nous allions
faire des razzias d'huile d'olive, d'olives noires et vertes, d'artichauts
dans l'huile, de saucissons variés, de fromages et de cerises
dans le marasquin chez Di Rosso, un ami de mon père. Cette
épicerie existe toujours. De temps en temps, j'y passe encore,
pour dire bonjour et faire des courses.
On
achetait aussi, comme à chaque grande occasion, plusieurs
panettone. Ces pains gâteaux doux sont offerts dans
de belles boîtes colorées que l'on suspend en guirlande
au plafond des épiceries italiennes. Les panettone
se prennent aussi bien avec du café qu'avec du vin, aux repas
qu'en collation.
L'atmosphère
était à la fête!
À
Noël, la maison débordait de monde. Il y avait mes oncles
et mes tantes. Mes cousins et mes cousins étaient comme mes
frères et mes soeurs, et encore aujourd'hui, les liens sont
tricotés serré. Ma mère se parfumait au Chanel
no 5 et elle se mettait sur son trente et un : paillettes, mousseline
et talons hauts.
Chez
moi, encore aujourd'hui, on porte un vêtement neuf pour Noël.
C'est une tradition que j'aime bien, car j'adore magasiner. Cela
me détend, mais je déteste quand les préposés
à la vente me harcèlent. À ce moment-là,
j'ai plutôt envie de partir...
[...]
Vous
souvenez-vous d'un Noël en particulier?
Oui.
Je devais avoir 5 ou 6 ans. Un vieillard itinérant était
venu frapper à notre porte. Il réclamait un café
bien chaud. Ma mère l'avait invité à entrer,
pour qu'il prenne un bon repas, mais l'homme n'avait pas voulu.
Ma mère l'avait donc servi dans le vestibule et je l'avais
regardé manger. Il est revenu quelques années de suite,
puis on ne l'a plus revu... Était-il mort? Était-il
parti? Je ne le saurai jamais. Mes parents avaient le coeur à
la bonne place. Ils ont toujours eu un grand sens de l'accueil.
Je
me souviens aussi d'un Noël moins joyeux que les autres : le
dernier que mon père ait passé avec nous. C'était
en 1989. Ce fut une belle fête, pleine d'amour et d'espoir,
mais sur fond de tristesse. Mon père souffrait d'un cancer.
On avait tous espoir qu'il guérisse, mais il est mort peu
après, le 3 mars 1990, à l'âge de 52 ans.
Chez
vous, aujourd'hui, ça se passe comment?
Je
redonne ce que l'on m'a donné. La famille se réunit
dans ma maisons des Cantons de l'Est; on veille jusqu'à 3h
du matin, après un bon repas et beaucoup de musique. Et Viva
Italia! Chez nous, ça ne sent pas la cannelle à
Noël, mais plutôt l'ail, l'origan, le basilic. Je sers
des olives, des tomates, du pain... italien. Et tutti quanti!
J'aime
décorer notre maison. À l'extérieur, des lumières
blanches dans les arbres et une immense couronne sur le mur du garage.
À l'intérieur, un sapin, toujours naturel, pour son
arôme. Je l'orne de décorations anciennes et nouvelles,
de lumières, puis d'une cinquantaine de boucles de rubans
que j'ai confectionnées avec ma belle-mère, une vraie
bonne bricoleuse.
Je
perpétue la tradition. On se retrouve une dizaine de personnes,
mais il y a 100 cadeaux sous l'arbre! En fait, j'adore faire des
cadeaux et pas seulement à Noël. Mais ce jour-là
est une occasion spéciale pour exprimer notre amour et notre
affection.
Un
Noël idéal, ça rime avec neige?
Je
ne m'imagine pas passer Noël sous les palmiers. Un vrai Noël,
c'est sous la neige que ça se passe. Sauf que même
si je l'aime (j'ai fait des compétitions de ski, plus jeune),
la neige, avec tout son arsenal, me pèce un peu plus chaque
année. L'hiver, à ma retraite, j'irai dans le Sud,
comme tout le monde! Mais après Noël. J'aime tellement
les vêtements d'été, les tissus légers,
pour la liberté de mouvement qu'ils nous laissent! Le Noël
idéal? Je m'en rapproche un peu plus chaque année.
Je veux que la beauté et l'harmonie soient au rendez-vous.
Avec des enfants bien à moi. Un jour, je louerai des carrioles
pour aller tous ensemble à la messe de minuit, puis revenir
se recuillir autour d'un bon repas et faire la fête. Une façon
de dire «Merci, la vie!».
Chaque
année, on prend de plus en plus conscience de la joie d'être
réunis. En levant nos verres pour trinquer, on se le dit
: « On est chanceux d'être ensemble! » Malgré
nos différences et nos défauts, c'est une grande joie
de pouvoir nous retrouver. Noël, ce doit être un moment
inoubliable, gravé pour la vie dans la mémoire du
coeur. Buon Natale!
[...]
|